Poupée de Peau
Noémie Ninot
30.04.26 - 30.05.26

Exhibition view "Poupée de Peau", Alo Galerie, Paris, 2026. Photo: Bellise Perrin
1 question, 306 réponses, 30 portraits, 1 corps.
Un panorama de visages dépeuplés, habités pourtant. Des persona aux joues rosées et aux yeux fardés de noir. 30 masques dont la matrice n’est autre que le visage de Noémie Ninot. Une pellicule inerte dont l’artiste use comme toile à maquiller, surface à modeler et sur laquelle se cristallise l’angoisse diffuse du regard masculin porté sur le féminin.
À la suite d’une enquête menée par l’artiste sur différentes applications de rencontre, un large éventail d’hommes sont interrogés autour d’une seule et unique question ; quels sont les critères physiques de la femme idéale ?
Le résultat de cette étude témoigne d’un terrain lisse, symptomatique d’un imaginaire commun, structuré par des normes tacites. Ce rapport clinique que nous soumet l’artiste traite la parole des hommes comme une source de données exploitables rangées dans un tableau Excel. La féminité alors perçue comme un objet fabriqué, fétichisé, fantasmé par des attentes masculines hétéronormés. À partir de cet inventaire, l’artiste explore par la photographie, la tentative de répondre à ces désirs codifiés. La féminité se présente alors comme une surface construite, une « mascarade ». Cette notion pensée par la psychanalyste britannique Joan Rivière exprime une féminité qui fonctionne comme un masque, la mise en scène d’une menace neutralisée. Dans ses photographies Noémie Ninot rejoue cette féminité sous le grain du latex maquillé des Poupées de peau dont les aspérités accentuent sinon épousent l’ambiguïté entre adhérence et transformation. L’idée héritée de la psychanalyse Freudienne selon laquelle la femme est pensée comme un être incomplet, définition purement par la négative, s’orchestre sur fond de ce « moins » constitutif qui perpétue l’angoisse des hommes sur les femmes sans la résoudre. Ce jeu féminin, ce rôle qu’elles se mettent à jouer, c’est précisément en cela que consiste la féminité, participer à la comédie de l’herterosexualité dont le désir masculin régit les règles. Au centre, le berceau, lieu d’origine et de dépendance accueille ici la souplesse du corps en tension d’une petite fille. En position couchée dorsale, lever de ventre vers le plafond, les jambes fléchies, la sculpture incarne un renversement dans sa mise à nu. L’ouverture au niveau du sexe renvoie à l’assignation culturelle et psychique du corps féminin qui se définirait par ce qui lui ferait défaut. Le trou, suspendu entre puissance et vulnérabilité se donne à voir à la lumière du jour dans un mouvement d’élan qui défie la gravité uniforme.
Suzie Crespin Thirode